
LE TEMPS TRAINE LES PIEDS

Le temps traîne les pieds. Il brûle nos blessures,
ces abcès mal soignés qui suppurent l’ennui...
On attend une étoile et voilà le néant,
un trou noir qui s’affirme sans trop se dévoiler,
le plongeoir anodin qui renverse la vie au détour d’une rupture,
sur le bord d’un " trop tard "...
Le temps traîne les pieds sans rien avoir à dire.
Il démonte les pensées. Il tue les souvenirs
à grands coups de regrets
comme ces lames à duel qui ne voulaient pas tuer,
comme ces larmes cruelles qui n’osent pas couler.
Chargées d’acide cynique,
elles attendent un regard, un soupir, une tendresse, un flair,
qui révéleraient les mensonges obligés...
Le temps traîne les pieds. Il roupille le silence qui réveille le diable,
le rongeur flamboyant de nos intimités.
Le malin se régale au fumet canonique
de nos vaines espérances clouées
comme un vieux Christ au mur de la pitié...
Le temps traîne les pieds. Il laisse des traces,
des pendules, des horloges, des aiguilles dans le ventre,
des ressorts dans le coeur, pièces trop fatiguées à force
d’avoir été remontées pour rien...
Le temps traîne les pieds et je n’y suis pour rien.
Les heures sont infinies, les minutes des siècles...
Le temps traîne les pieds et j’ai mal à la vie...
Et pourtant je suis là, debout, heureux de consommer la mort à petites doses d’espoir.
Je laisse le hasard contrôler le futur, remerciant l’illusion d’avoir su me rêver...
Christian Decamps
texte soumis aux Droits d'Auteur
réservé strictement à un usage privé ou éducatif